Hameau de Millery

Hameau de Millery

A  Millery, commune sur laquelle se trouve une partie du territoire de la mégadécharge de l’Auxois (Côte d’Or), le maire actuel, Jacky Lüdi, a pris la tête de la commune en 2006, alors que le projet divisait le Conseil Municipal. Il nous explique que l’accès aux informations concernant la décharge sont minces.

 

Située sur le lieu dit « la terre du seigneur », la méga-décharge de l’Auxois est à cheval sur deux communes, Vic de Chassenay (235 habitants) et Millery (372 habitants). Elle occupe une superficie de 100 hectares, dont 30 clôturés et 9,5 dédiés à l’enfouissement. Controversé, le projet avait, jusqu’à l’ouverture en 2008, soulevé une vague d’opposition forte  dans la population, mais reçu le soutien des élus, malgré les irrégularités du dossier. Opposant de la première heure, Jacky Lüdi a refusé que l’alimentation en eau et en électricité de la décharge passe par sa commune, ce qui a obligé l’exploitant à mettre en place un contournement.

Comment expliquez-vous le soutien politique à ce projet ?

Souvent dans ce type de projets, quand un élu de droite est pour, celui de gauche est contre. Là, il y a eu un consensus, les deux élus des communes concernées (Vic de Chassenay et Millery) étaient favorables. Le conseiller général, Marc Patriat (qui s’oppose aujourd’hui à la décharge, ndlr), le maire de Semur-en-Auxois de l’époque, Michel Neugniot, l‘étaient aussi. Mais à Millery, la décharge a entraîné une crise politique. Cinq conseillers municipaux ont démissionné début 2006 pour marquer leur opposition. Il a fallu faire des élections complémentaires et nous avons monté une liste d’opposition à la décharge. Nous avons remporté l’élection dans un climat tendu… Le maire a ensuite démissionné et c’est comme cela que je suis devenu maire sans l’avoir prévu.

Votre élection à la Mairie, en 2006, n’a pas eu d’effet sur le dossier puisque la décharge a ouvert en 2008…

Quand je suis arrivé, le projet était déjà engagé car les permis de construire avaient été délivrés par le maire sortant. Villers Services, qui a monté le dossier, avait saisi une opportunité foncière dans le coin. Un exploitant agricole en grande difficulté financière avait, le premier, signé une promesse conditionnelle de vente de la parcelle principale. Ensuite, la société a approché des propriétaires de terrains limitrophes.

En tant que maire, avez-vous un regard sur le site ?

Comme c’est un terrain privé, nous n’avons quasiment aucun droit de regard. À chaque Commission de Suivi du Site (qui réunit élus, associations de riverains, exploitant, ndlr), nous réclamons le droit, en tant qu’élus, d’avoir accès au site quand nous le souhaitons et sans nous annoncer, mais cela nous est refusé pour des questions de sécurité et de secret professionnel. Le tonnage autorisé s’élève à 55400 tonnes. (1) En 2013, l’exploitant du site, la COVED, a déclaré très précisément 55 393.98 tonnes soumises à la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) pour 2012. Derrière la précision du chiffre, nous n’avons aucun moyen de connaître le tonnage précis qui entre sur le site ni la provenance des déchets.

La taxe communale sur les déchets (2)  n’est-elle pas une manne financière pour une petite commune ?

Pour nous, non, pas vraiment. Nous nous répartissons la somme entre Millery, Vic de Chassenay et Genay, commune limitrophe, qui, en cas de pollution des eaux de la rivière serait directement impactés. Pour l’année 2013, Millery a touché 33236 euros, soit 40 % de la taxe, qui est répartie aussi entre Vic de Chassenay (40 %) et Genay (20 %) qui serait très impacté par une pollution des eaux de la rivière Armançon. Pendant quelques temps, on n’a pas souhaité recevoir l’argent de cette taxe, qui est facultative, et puis on s’est dit qu’on allait l’utiliser contre la décharge.

Observez-vous des nuisances liées à la décharge ?

Il s’agit surtout de nuisances olfactives. A Ménetreux par exemple, un hameau de la commune de Millery situé sous les vents dominants, les gens ne peuvent pas ouvrir leurs fenêtres. Nous avons constaté, à plusieurs reprises des irrégularités dans la gestion des lixiviats (eaux polluées contenues dans les déchets ou issues des précipitations traversant la masse de déchets, ndlr), qui en cas de pluviométrie importante, se déversent dans le ru de Gauleron, petit cours d’eau qui passe juste à côté de la décharge. Nous signalons régulièrement les problèmes aux services techniques chargés de la surveillance des installations classées en Bourgogne, sans effets.

Comment voyez-vous l’avenir ?

Le plan de gestion départemental des déchets prévoit déjà d’étendre la durée d’exploitation, au-delà de l’autorisation pour la période 2008-2018. Cela se joue au niveau du Conseil Général. En matière de réserve foncière, la COVED s’est déjà agrandie de l’autre côté de la route, donc le terrain est suffisant pour une extension.

(1) En 2010, le tonnage des ordures ménagères admises a été réduit par le tribunal (de 40 000 à 20 000 t par an). Le tonnage total admis (avec les DIB) est donc  passé de 75 000 à 55 000 t / an. Cette réduction ne figure pas sur la plaquette d’information adressée par l’exploitant à Enquête Ouverte pour « avoir l’aperçu » des activités du centre de stockage. Notre demande de visite a en effet été refusée.

(2) Depuis, 2006, une taxe communale facultative sur les installations de stockage de déchets ménagers et assimilés soumises à la taxe générale sur les activités polluantes et les installations d’incinération de déchets ménagers non exclusivement utilisées pour les déchets produits par leur exploitant.